Ecole et guerre, par Aïssata (Tongo, Sierra Leone) - partie 2

"A une époque, ils ont commencé à organiser des concours de chants pour enfants. Il y avait beaucoup d’enfants qui venaient de toutes les villes du pays pour participer. Il y avait une grande compétition. Pour la voir, tu devais acheter ton ticket au moins 2 ou 3 mois en avance sinon tu ne pouvais pas y aller. Il fallait être brave pour avoir un ticket. Tu devais payer pour rentrer, mais c’était vraiment bien. Il y en a qui imitaient des grands chanteurs, Mickael Jackson, Bob Marley, Alpha Blondy… C’était magnifique. On appelait ça « Discorama » et ça se passait une fois par mois.  

Et il y avait tout type de nourriture… On ne connaissait pas la faim en Sierra Leone de mon temps... Les riches comme les pauvres, tout le monde mangeait bien, il n’y avait pas de différence. Il y avait des gens qui étaient pauvres et qui n’avaient rien, mais quand même il y avait toujours quelqu’un qui leur donnait. Par exemple si j’avais quelque chose pour toute la journée, forcément le soir je donnais à manger à mes voisins ou ma famille ou mes amis… Il y avait de la solidarité là-bas.

 

Et puis il y avait vraiment de la richesse là-bas. Il y avait beaucoup de pierres précieuses et de minerais : du bauxite, des diamants, de l’or… C’était un pays très riche. Il y avait beaucoup de petits commerces et beaucoup de diamantaires et des intermédiaires. Et comme il y avait une vraie solidarité, lorsque quelqu’un amenait un diamant, tout le monde pouvait en profiter. Si une personne vendait par exemple pour 100, elle donnait 5 à chaque personne de son entourage, et puis le reste de l’argent, elle le gardait pour sa famille. Il y a eu des personnes, même des étrangers qui sont devenus vraiment riches. En à peine 2 ou 3 ans, certains sont devenus de grands patrons. Mais il n’y avait vraiment pas de jalousie. Moi c’est en France que j’ai découvert la jalousie. Ce n’est pas du tout la même mentalité là-bas.

 

Mais d’un pays à un autre, ce n’était pas pareil. Par exemple, je trouve que les pays anglophones sont plus « civilisés » que les pays francophones (rires). Même dans l’habillement, ce n’est pas pareil. En Sierra Leone, ils s’habillaient à l’européenne, avec des pantalons, des tailleurs, des jupes longues… Alors que par exemple en Guinée, c’était toujours des tenues africaines, même dans les bureaux."

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Aïssata est d’origine guinéenne et a grandi en Sierra Leone. Elle est aujourd’hui mère de 3 enfants. Elle est aide-soignante diplômée et vit à Bagnolet avec sa famille.