Quotidien et sport à l'école, par Aïssata (Tongo, Sierra Leone)

"Je suis née en Sierra Leone.  

Je suis née dans une ville qui s’appelle Tongo et j’ai grandi à Kénéma. Là-bas, tu commences l’école dès 3 ans car il y avait aussi l’école maternelle. Comme c’est un pays anglophone, c’est différent des autres pays comme la Guinée. Tu vas à l’école le matin et tu finis à midi.

 

Il y avait tout ce qu’il faut à l’époque. Toi, tout ce que tu devais acheter c’est l’uniforme. Car là-bas il faut porter l’uniforme pour aller à l’école. Chaque école avait une tenue différente et un nom différent. Moi ma tenue était verte depuis la maternelle jusqu’à la cinquième année (l’équivalent du CM2 en France). Toutes les tenues étaient pareilles. On avait une robe verte. A partir du collège, c’était un ensemble complet avec une jupe verte et une chemise blanche. J’avais aussi des chaussures noires avec des chaussettes blanches. Tu ne pouvais pas changer. Il fallait être tous les jours bien propre et avoir les cheveux bien tressés. Le jour où tu n’es pas propre en allant à l’école, tu es renvoyé. Et tous les week-end, tu dois changer ta coiffure. Il fallait être propre partout : les dents, les ongles… on vérifiait tout.

 

Tous les matins avant de rentrer, tout le monde devait se mettre devant l’école et en rangées par classe. C’est là que le principal donnait les consignes et qu’il expliquait comment tu dois te comporter, les sujets qui seront traités aujourd’hui… ça c’était tous les matins. Et puis on chantait aussi l’hymne nationale avant de rentrer en classe.

 

A midi, c’est le gouvernement qui nous donnait à manger. Les repas étaient très bon à l’époque. Maintenant ça n’existe même plus. C’était bien.

 

Et tous les ans, vers le mois de mars ou avril, on faisait du sport. L’athlétisme, qu’on voit aujourd’hui à la télé. Toute l’école était répartie en 4 groupes. On donnait un nom à chaque groupe. Ensuite il y avait une compétition entre les 4 groupes. Dans chaque groupe, il y avait 3 catégories : Juniors, Intermédiaires et Seniors.

 

Tous les soirs, on allait s’entraîner pendant un ou deux mois. Et puis le jour de la compétition, chaque groupe avait sa tenue, son repas, sa chanson. Tout le monde apportait un petit truc pour son groupe, pour l’encourager à gagner ! Et à la fin de la compétition, on organisait une grande soirée pour les élèves. On dansait toute la nuit jusqu’au matin. On nous donnait des médailles, des certificats, à boire… Moi j’ai eu beaucoup de certificats parce que je courrais beaucoup ! Moi je faisais le 100 mètres, le 200 mètres et le relai. Et je faisais aussi le saut en hauteur. J’ai toujours été la première ! J’ai continué jusqu’en Terminale. Tout ça c’était à Tongo, mais il y avait la même chose à Kénéma.

 

A la fin de l’année, on choisissait les meilleurs de chaque école de Sierra Léone pour aller faire une compétition nationale. Moi j’ai participé à cette compétition trois fois. C’est seulement quand je suis arrivée en France que j’ai vu qu’on pouvait gagner de l’argent avec le sport (rires) ! En voyant ça, je me suis dit que là-bas on nous fatiguait pour rien ! Ils nous donnaient un peu à manger pour nous encourager, on chantait, on nous donnait des petits trucs pour nous encourager. Ma mère courrait toujours derrière moi pour me supporter ! Les parents nous encourageaient. Ça faisait partie de l’école, et puis c’était seulement une fois par an. A cette période de l’année, tout le monde était occupé par le sport. Parfois il y avait même des grandes personnalités qu’on invitait pour venir assister aux compétitions. C’était vraiment un grand événement là-bas ! Les gens venaient de tout le pays pour supporter.

 

Je faisais aussi du volley-ball avec les autres écoles aussi. Là aussi, chaque école avait sa tenue. Il fallait toujours être propre et respecter la tenue. Si par exemple on te disait de porter une chaussure rouge et qu’un jour tu mettais une autre couleur par erreur ou parce que tes premières chaussures sont sales, on te saisissait tes chaussures jusqu’à la fin de l’année. Les écoles anglophones étaient vraiment très rigoureuses."